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    Pourquoi la Constitution tchadienne interdit la propagande ethnique (et pourquoi c'est vital)

    NDPar Nestor DJINTELBE
    •
    19 juillet 2026
    •
    6 min de lecture
    unite-nationale
    article-5
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    paix-sociale
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    Pourquoi la Constitution tchadienne interdit la propagande ethnique (et pourquoi c'est vital)

    Pourquoi la Constitution tchadienne interdit la propagande ethnique (et pourquoi c'est vital)

    Le Tchad compte plus de 200 groupes ethniques, plusieurs religions majeures, une mosaïque culturelle exceptionnelle. Cette diversité est notre richesse — mais elle peut aussi devenir une fragilité si elle est instrumentalisée.

    C'est précisément ce que prévient l'article 5 de la Constitution. Une disposition courte, mais cruciale.

    Le texte exact

    L'article 5 énonce :

    « Toute propagande à caractère ethnique, tribal, régional ou confessionnel tendant à porter atteinte à l'unité nationale ou à la laïcité de l'État est interdite. »

    Une seule phrase. Quatre formes de propagande explicitement interdites :

    1. Ethnique — basée sur l'appartenance à un groupe ethnique
    2. Tribale — basée sur la tribu
    3. Régionale — basée sur l'origine géographique
    4. Confessionnelle — basée sur la religion

    Avec une condition : que cette propagande porte atteinte à l'unité nationale ou à la laïcité.

    Pourquoi cette interdiction ?

    L'histoire du Tchad explique tout. Le préambule de la Constitution est explicite :

    « Les différents régimes, qui se sont succédé, ont créé et entretenu le régionalisme, le tribalisme, le communautarisme, le népotisme, les injustices sociales, les violations des droits de l'Homme et des libertés fondamentales individuelles et collectives, dont les conséquences ont été la guerre, la violence politique, la haine, l'intolérance et la méfiance entre les différentes composantes de la nation tchadienne. »

    Voilà pourquoi l'article 5 existe : pour empêcher que ces fractures soient ravivées par des discours.

    Ce qui est interdit

    Concrètement, sont prohibés :

    • Les discours politiques qui mobilisent contre une ethnie ou une région
    • Les médias ou publications qui stigmatisent un groupe
    • Les partis politiques dont le programme repose sur l'opposition entre communautés
    • Les meetings ou rassemblements dont l'objet est de dresser un groupe contre un autre
    • Les contenus en ligne (réseaux sociaux, blogs, vidéos) qui attisent les divisions

    L'article 31 précise d'ailleurs : « La dissolution des associations, des partis politiques et des syndicats ne peut intervenir que dans les conditions prévues par la législation en vigueur, par leurs statuts ou par voie judiciaire. »

    Un parti basé sur la propagande ethnique peut donc être dissous par voie judiciaire.

    Ce qui n'est PAS interdit

    Attention à ne pas confondre. L'article 5 n'interdit pas :

    • De parler de son ethnie ou de sa région — c'est un droit fondamental
    • De pratiquer sa religion — l'article 28 le garantit
    • De défendre les intérêts d'une région — c'est légitime
    • De critiquer une politique gouvernementale — c'est démocratique
    • De faire valoir une identité culturelle — c'est respecté

    L'interdiction porte sur la propagande qui attaque l'unité nationale, pas sur l'expression libre des identités.

    Le critère décisif : porter atteinte à l'unité

    Tout le poids de l'article repose sur ces mots : « tendant à porter atteinte à l'unité nationale ou à la laïcité ».

    Une expression devient propagande prohibée quand :

    • Elle vise à opposer les communautés entre elles
    • Elle cherche à délégitimer des citoyens en raison de leur origine
    • Elle pose une communauté en ennemie d'une autre
    • Elle propose la séparation d'une partie du territoire
    • Elle veut imposer une religion comme officielle

    Tant qu'on reste dans le débat respectueux, dans la critique politique légitime, dans l'expression culturelle — on est dans la liberté garantie par l'article 28.

    L'unité nationale : un principe constitutionnel fort

    Plusieurs articles convergent vers ce principe :

    • Article 1er — Le Tchad est « une et indivisible »
    • Article 5 — Interdiction des propagandes divisives
    • Article 41 — La famille est la base de la société (cohésion)
    • Article 281 — L'unité nationale est une clause intangible

    Aucune révision constitutionnelle ne peut porter atteinte à l'unité nationale. C'est dire le caractère sacré de ce principe.

    La laïcité : pilier complémentaire

    L'article 5 protège aussi la laïcité. C'est cohérent avec l'article 1er : « Il est affirmé la séparation des religions et de l'État. »

    Au Tchad, pays partagé entre majorité musulmane et forte minorité chrétienne, la laïcité n'est pas un détail : c'est le garant de la coexistence.

    Une propagande qui voudrait :

    • Imposer la charia comme droit d'État
    • Faire du Tchad un État chrétien
    • Privilégier une religion dans les institutions

    … serait inconstitutionnelle.

    La nuance : laïcité tchadienne vs. autres modèles

    La laïcité tchadienne ne signifie pas l'effacement du religieux dans l'espace public. Le préambule lui-même évoque « les valeurs africaines de solidarité et de fraternité » et reconnaît la dimension spirituelle des cultures.

    Ce qu'elle interdit, c'est :

    • L'utilisation politique des religions
    • La discrimination fondée sur la confession
    • L'imposition d'une foi par l'État
    • Le confessionnalisme institutionnel (réserver des fonctions à des croyants d'une religion)

    C'est une laïcité équilibrée, qui respecte les croyances tout en empêchant leur instrumentalisation.

    Le préambule : un appel solennel

    Le préambule de la Constitution renforce l'article 5 :

    « Affirmons notre opposition totale à tout régime dont la politique se fonderait sur l'arbitraire, la dictature, l'injustice, la concussion, le népotisme, le clanisme, le tribalisme, le communautarisme, le confessionnalisme et la confiscation du pouvoir. »

    C'est un engagement solennel du peuple tchadien contre toute dérive divisive.

    L'éducation, levier essentiel

    L'article 62 prévoit :

    « L'État intègre les droits de l'Homme et les libertés publiques dans les programmes d'enseignement scolaires et universitaires ainsi que dans la formation des forces de défense et de sécurité. »

    L'unité nationale ne se décrète pas : elle se construit, génération après génération, par l'éducation. Une jeunesse formée au respect mutuel est le meilleur rempart contre les propagandes divisives.

    Le rôle des médias

    L'article 216 charge la Haute Autorité des Médias et de l'Audiovisuel de réguler les médias. Cette autorité peut sanctionner les supports qui diffusent des propagandes interdites par l'article 5.

    À l'heure des réseaux sociaux, ce rôle est plus crucial que jamais. La propagande ne passe plus uniquement par les journaux ou la radio : elle circule en quelques secondes sur les téléphones.

    Le rôle du citoyen

    Chaque citoyen tchadien est gardien de l'article 5 :

    • En refusant de partager des contenus stigmatisant des groupes
    • En rappelant à l'ordre les amis ou parents qui tombent dans la propagande
    • En signalant aux autorités les supports qui violent ouvertement la loi
    • En préférant le débat d'idées au procès d'identités
    • En assumant la diversité comme richesse plutôt que comme menace

    L'unité nationale tient à mille gestes quotidiens, pas seulement aux discours officiels.

    Le risque de l'oubli

    Une disposition constitutionnelle ne vit que si elle est connue, rappelée, appliquée. L'oubli de l'article 5 serait dangereux : il rouvrirait la voie à des décennies de fractures.

    C'est pourquoi cet article mérite d'être enseigné à l'école, rappelé dans les médias, invoqué dans les débats publics. Pas comme une menace, mais comme un horizon : celui d'une nation tchadienne qui assume sa diversité comme un trésor commun.

    Conclusion

    L'article 5 est l'un des plus courts de la Constitution. Il est aussi l'un des plus précieux. Il sanctuarise une vérité politique : un Tchad uni dans sa diversité est plus fort qu'un Tchad fracturé en communautés rivales.

    À chaque génération de Tchadiens, il revient de faire vivre cet article — non comme une contrainte, mais comme une promesse : celle d'un pays où chacun trouve sa place, sans qu'aucun ne soit écarté.

    C'est peut-être l'un des plus beaux engagements de notre Loi suprême.


    La diversité n'est une richesse que lorsqu'elle est unie. Sinon, elle devient une fragilité.

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